« Fêtes et Célébrations flamandes, Brueghel, Rubens, Jordaens, … », au « Palais des Beaux-Arts », à Lille

Plus que que que deux jours, pour découvrir – dans le cadre de « Fiesta », la 7e édition de « Lille 3000 » – au « Palais des Beaux-Arts », à Lille : « Fêtes et Célébrations flamandes, Brueghel, Rubens, Jordaens, … », une exposition que nous vous avions déjà présentée dès le samedi 19 Avril.
Le parcours, d’une richesse exceptionnelle, rassemble plus d’une centaine de pièces : dessins, gravures, peintures, armes, céramiques, instruments de musique, têtes de géants,…), provenant majoritairement d’institutions belges et françaises, parmi lesquelles les « Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique » (« MRBAB ») et le « Musée du Louvre », les trois commissaires étant Juliette Singer, directrice du « Palais des Beaux-Arts de Lille » et du « Musée de l’Hospice Comtesse » ; Blaise Ducos, conservateur en chef, responsable des peintures flamandes et hollandaises au « Musée du Louvre » ; ainsi que Sabine van Sprang, conservatrice de la peinture flamande, 1550-1650, aux « MRBAB ».
Cette dernière institution bruxelloise et différents musées anversois sont ainsi mis à l’honneur à Lille, grâce à cette expo, qui a reçu, du Ministère français de la Culture, le label « Exposition d’Intérêt national », un label qui distingue les expositions d’envergure favorisant la diffusion de la connaissance et l’accès à la culture, pour toutes et tous. Il souligne un projet ambitieux, fondé sur des collaborations nationales et européennes, et profondément ancré dans l’histoire et les patrimoines des Flandres.
En préface du hors-série de la revue « Connaissance des Arts », Juliette Singer écrit : « Il n’est que d’évoquer les ‘Fêtes flamandes’ pour voir surgir dans nos imaginaires des cortèges d’images pittoresques mêlant bambochades, repas pantagruéliques, cornemuses & danses entraînantes : autant de scènes truculentes, pimentées çà & là de gaillardises, cachées dans des tableaux débordant de vie. »
« Ces fêtes sont l’incarnation d’un état d’esprit, d’une philosophie de vie, qui est encore, aujourd’hui, vivace dans tout le bassin des anciens Pays-Bas (qui incluaient la Belgique & le Nord de la France/ndlr), où se pratiquent toujours les kermesses, les ducasses et les sorties de géants. Elles renvoient à un patrimoine immatériel et à un mode de vie bien particulier, marqueur de l’identité de ce territoire, nourrie de valeurs précieuses, telle que le sens du collectif. »
Cette exposition nous est proposée en 4 sections : « Guerre & Fête », « Fêtes & Cérémonies urbaines », « Kermesses, Noces & Fêtes villageoises », ainsi que « Fêtes de Cour, Fêtes de Rois ».
A dix mètres de l’entrée, la première oeuvre exposée, éblouissante dans son expression plastique, le jeu des béquilles imprimant un rythme dynamique à la composition, est une petite huile sur bois de Pieter Bruegel l’Ancien (vers 1525-1569), « Les Mendiants » ou « Les Culs-de-Jates » (1568), prêtée par le « Musée du Louvre ».
Notre collègue Jean-François Lasnier écrit : « L’image d’âge d’or économique et culturel dans les anciens Pays-Bas, aux XVIe & XVIIe siècles est trompeuse. Derrière l’opulence se cache une longue guerre opposant les Provinces-Unies à l’autorité espagnole des Habsbourg, qui se teinte de déchirements religieux et sème la désolation. La fête relève alors de la survie. »
Grâce à une centaine d’oeuvres, revivons ces fêtes de l’arbre de mai à l’ « Ommegang », en passant par des bals princiers, des cérémonies religieuses, des concours de tir aux oiseaux, des kermesses, des noces, sans oublier des « Joyeuses Entrées de souverains ou de gouverneurs.
Parmi les objets exposés, une arbalète, en acier, bois & laiton, d’une confrérie du Nord de la France, prêté par un collectionneur privé, Jan Soetaert. Elle était utilisée lors des concours de tir aux oiseaux, un de ces oiseaux métalliques étant exposé à la gauche de cette arbalète.
Soulignons la présence de deux têtes de géants, en papier mâché, bois, métal & cheveux, d »une hauteur d’1m84, celles de Pallas Athena (1765-1766), d’après Daniel Herreyns (?-1809) et de Druon Antigone (1534-1535), d’après Pieter Coecke van Aelst (1502-1550), un géant que nous retrouvons dans l’huile sur toile « Fête traditionnelle à Anvers avec le Géant Druon Antigon » (1697), du peintre anversois Alexander van Bredael (1663-1720).
D’Alexander van Bredael, nous découvrons, aussi, son autre huile sur toile « Fête à Anvers sur la place de l’Hôtel de Ville » (1697), avec la présence d’un joueur de cornemuse, un type de musicien que nous retrouvons dans plusieurs toiles, attestant de la popularité cet instrument à cette époque, une cornemuse contemporaine, copie fidèle d’un instrument du XVIIè siècle étant exposée dans cette même dernière salle.
Notons, aussi, la présence d’un objet particulier, en verre, argent & or. Il s’agit d’un « Gobelet à Surprise », de cette même époque, créé, avec une grande finesse, par un artiste anonyme, le souffle d’une personne, dans un tuyau sortant d’un petit moulin à vent, pouvant faire tourner ses ailes, trois petits personnages, la meunière, son mari et un soldat espagnol, étant représentés sur l’escalier du moulin.
La légende de Druon Antigone, pourrait être à l’origine du nom d’Anvers, en néerlandais : « Antwerpen », ou « hand » (main) & « werpen » (jeter), « Hand werpen » étant devenu « Antwerpen », un soldat, Silvius Brabo, ayant coupé une « main » de Druon Antigone, avant de la « jeter » dans l’Escaut, le fleuve coulant dans cette importante ville portuaire.
Si ceci nous est révélé en découvrant cette impressionnante tête de géant, dans la dernière salle, ayant admiré l’huile sur toile « Le Roi boit » (1640), du peintre anversois Jacques Jordaens (1593-1678), il nous est révélé qu’à la gauche de l’oeuvre, dans le bas, la tête d’un homme vomissant serait un autoportrait de l’artiste « himself ».
Au moment de quitter, avec regrets, ces « Fêtes et Célébrations flamandes, Brueghel, Rubens, Jordaens, … », une huile sur bois, « Nature morte aux Crêpes, Gaufres et Cougnole », attribuée à Hans Francken (1581-1624) nous met en appétit, de même qu’un dernier élément d’une scénographie particulièrement bien réussie : une authentique table, montée comme elle devait l’être du XVIIe siècle.
Hier comme aujourd’hui, les fêtes répondent à deux impératifs : constituer un moment de sociabilité, visant à créer et à entretenir un sentiment d’appartenance à une communauté, et une manifestation de réjouissances. C’est à travers le prisme du divertissement collectif que la présente exposition lilloise se propose d’explorer les « Fêtes flamandes » aux XVIè et XVIIè siècles
Comme l’écrit Armelle Fémelat, historienne de l’art : « Fêtes calendaires, célébrations & processions scandent la vie citadine. Très protocolaires, elles laissent néanmoins une place au divertissement et à la spontanéité. Dans les cortèges, les créatures mythiques le disputent aux commémorations religieuses, le burlesque se mêlant à la pompe. »
Derniers jours d’ouverture : ce dimanche 31 août, de 10h à 18h, ce lundi 01 septembre, de 14h à 18h. Prix d’entrée : 8€ (5€, en tarif réduit). Prix combiné avec les Collections permanentes : 10€ (7€, en tarif réduit). Prix par membre d’un groupe (dès 10 personnes, sur réservation) : 5€ (7€, en prix combiné). Infos & Réservations obligatoires pour les groupes : 00.33.3/73.95.48 & relations.publiques@lille3000.com. Catalogue (Ed. « Réunion des Musées nationaux »/208 p.) : 39€. Publication : revue hors série « Connaissance des Arts »/66 p. : 12€90. Contacts : 00.33/3/20.06.78.28. Site web : https://pba.lille.fr/.
Prochaine exposition au « Palais des Beaux-Arts », à Lille, du jeudi 18 septembre 2025 jusqu’au lundi 05 janvier 2026 : « Petite Histoire de Géants : Lydéric & Phinaert. Hommage aux célèbres Géants de Lille ».
Concernant les peintres flamands, une autre expo est à découvrir, jusqu’au dimanche 28 septembre, au « Musée de Flandres », à Cassel : « Brueghel & Van Balen, Artistes & Complices ».
Programme des autres expositions de « Fiesta », la 7e édition de « Lille 3000 » : https://fiestalille3000.com/.
Yves Calbert.